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Teresa Colom interroge la beauté de la différence dans « Mademoiselle Keaton et autres créatures », recueil de nouvelles fantastiques paru aux éditions Chambon

Littérature.  France,  30/03/2020

En prenant la nature majestueuse et ténébreuse comme point de départ, l’auteure andorrane raconte les histoires de cinq personnages « différents » qui affrontent la nature bestiale et la bestialité des dictats sociaux. La traduction du catalan par Claude Breton de La senyoreta Keaton i altres bèsties vient d’être publiée dans la collection Chambon d’Actes Sud.




Teresa Colom (La Seu d’Urgell, 1973) est une écrivaine andorrane, diplômée en Sciences économiques. En 2000, elle a remporté le prix Miquel Martí i Pol de poésie pour son recueil Com mesos de Juny. Depuis, elle a continué à publier de la poésie dans les recueils Elegies del final conegut, 2005, On tot és vidre, récompensé par le prix Talent FNAC en 2009, ou dans La meva mare es preguntava per la mort, 2012. Elle a été aussi directrice artistique du festival international de poésie de Barcelone et interprète en 2010 pour sa pièce poético-théâtrale 32 vidres. En 2015, elle a publié son premier recueil de récits La senyoreta Keaton i altres bèsties, que le journal The Gardian a décrit comme un mélange entre Tim Burton et les frères Grimm. Ce recueil de contes, où l’on retrouve des thèmes récurrents de sa poésie comme l’animalité, la quotidienneté, l’existence ou la mort, est son premier ouvrage traduit en français.  

Mademoiselle Keaton et autres créatures, de Teresa Colom

La belle mademoiselle Clock vit trop vite. Elle vieillit en un rien de temps. La fille de Caterina Pocski et de Marcel Buvot se meut comme un poisson dans l’eau. Le candide Roc est heureux comme il est, avec une étrange patte de porcelet à la place d’une main. L’homme triste de la mort a pourtant une raison de se réjouir : il a trouvé un enfant sous terre. Les Pétarol doivent vivre dans le froid pour que le nouveau-né trouvé dans la cuisine puisse survivre… Avec la naissance comme élément déclencheur, Teresa Colom passe en revue l’existence, du début jusqu’à la fin, et crée un univers complet, un monde imaginaire, parfois cruel, mais toujours plein de tendresse et d’humour. Plus qu’un recueil de nouvelles, Mademoiselle Keaton et autres créatures est un livre de contes fantastiques, un cabinet de curiosités et d’émerveillement ouvrant sur un incroyable bestiaire.

Quelle était la couleur des yeux de Mlle Clock ? C’était un matin d’avril. L’enfant avait à peine trois jours d’existence. Le ciel était couvert. On annonçait de la pluie pour la fin de journée. Mme Clock s’assit devant le berceau et approcha le doigt de la petite pour qu’elle l’attrape. Celle-ci ouvrait de grands yeux éveillés, mais il était impossible de distinguer leur couleur. Les premiers jours, les enfants ne voient pas le monde. Tout ce qu’ils savent à la naissance, tout ce qu’ils appelleront plus tard foi ou intuition, déstabilisés par leur origine, confortés par une étrange et invérifiable certitude, leur est révélé et retiré au bon moment. Derrière les yeux voilés d’un nouveau-né se trouvent les vérités qui, ébranlées par la violence de la naissance, ne pourront jamais être confrontées à un regard d’adulte. Alors que nous essayons tous d’attirer l’attention de la vie nouvelle par des onomatopées et des grimaces, les vérités se déposent peu à peu au fond d’elle.

Quelle était la couleur des yeux de Mlle Clock ? Assise à côté du berceau, Mme Clock était agitée par la conscience de l’attente. Le temps. L’inquiétude qui l’avait rongée pendant toute la grossesse. Quand la petite serait présentée à la bonne société, quel âge aurait sa mère ? Quand la petite se marierait, quel âge aurait sa mère ? La femme qui avait été la jeune et douce demoiselle Stam serait une vieillarde. Une de ces vieilles assises sur leur chaise dans un coin, les soirs de fête. Une de ces vieilles entourées de leurs proches, lesquels contemplent avec un demi-sourire leurs bijoux, comme s’ils étaient suspendus à un squelette qu’il serait bientôt facile de dépouiller. Et sans en avoir conscience, à cet instant précis, Mme Clock déclencha la machinerie qu’elle avait mise en place pendant sa grossesse.

 

Mademoiselle Keaton et autres créatures

De Teresa Colom

Traduction du catalan par Claude Bleton

Éditions Jacqueline Chambon

Mars 2020

175 pages

Selon la journaliste Laura Basagaña, la façon tendre d’explorer la douce tristesse est la clé d’entrée à un univers littéraire qui réunit des situations paranormales typiques du conte d’enfants  allemand, la douce obscurité des récits de Rodoreda, ainsi que des influences de l’humour et des passages gotiques de Poe. Dans « La senyoreta Keaton i altres bèsties: atresorant la diferència »,  publié dans Núvol le 2 février 2015.

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